Tant les pêcheurs de la zone 17 de l’estuaire que ceux de la zone 16 du nord du golfe du Saint-Laurent sont en désaccord avec les résultats du dernier relevé scientifique du crabe des neiges pour leur zone respective.
Pour la zone 17, la recommandation des scientifiques de Pêches et Océans Canada lors de la rencontre du comité consultatif du 20 février préconise une baisse du total autorisé de captures (TAC) de 30 % pour la saison 2025 par rapport à celle de 2024 où le TAC était de 1 674 tonnes. Pour la zone 16, dont le comité consultatif a eu lieu le 11 mars, la recommandation du secteur des sciences laissait présager une diminution des captures de 8 % pour la prochaine saison. En 2024, les crabiers disposaient d’un TAC de 3 067 tonnes.
Zone 17
«Une baisse de 30 %, ce n’est pas logique, fustige le président de l’Association des crabiers de la zone 17. On va se retrouver avec des quotas qu’on n’aura historiquement jamais vus dans la zone 17! Je n’aurais pas le même discours si c’était le désert, s’il n’y avait pas de biomasse, pas de juvéniles. Mais on n’est pas là!» Pour Marc Doucet, le TAC proposé est déraisonnable. «C’est extrême parce qu’on se retrouvera avec des quotas qu’on n’aura jamais eus dans la zone 17, quand on sait que la biomasse est là», juge-t-il.
Son organisation a plutôt recommandé au Comité consultatif une baisse de 20 %. «On s’est basé sur les références historiques de la zone 17 pour faire des comparaisons, explique le président. On a toujours fait une gestion saine et raisonnable de la ressource.»
M. Doucet déplore aussi les changements apportés au document scientifique. «Dans la nouvelle approche, il n’y a plus de scénarios qui sont présentés. Ils nous donnaient un portrait global de la zone, où se situaient le cycle et la reprise qui était à prévoir. Maintenant, on affiche seulement un chiffre qui ne donne pas les informations qui permettraient de prendre les bonnes décisions.»
Néanmoins, le porte-parole des crabiers de la zone 17 est encouragé parce que la biomasse est dans un cycle ascendant. «Les crabes adolescents de moins de 95 mm vont muer et atteindre leur taille commerciale en 2026. Donc la vague s’en vient. C’est bon signe! Mais cette année, on n’a pas le choix de ralentir la cadence et de réduire les tonnages.»
Zone 16
Du côté des crabiers de la zone 16, la réaction est mitigée. «On savait que les indicateurs n’étaient pas les meilleurs, convient le directeur de l’Office des pêcheurs de crabe des neiges de la zone 16, Jean-René Boucher. Par contre, on a de la misère avec la faiblesse de l’indicateur combiné, notamment en raison d’un début de saison catastrophique dû à la situation des travailleurs étrangers. Les captures ont commencé tranquillement. Les pêcheurs avaient des limites quotidiennes, voire hebdomadaires. Ça a influencé les rendements à la baisse.»
Certains pêcheurs ont connu de bonnes captures en début de saison. Cependant, ils ont identifié plusieurs causes qui ont impacté négativement l’indicateur combiné de la zone 16. «Le fait de ne pas pouvoir lever tous leurs casiers a impacté négativement les données, décrit M. Boucher. Les pêcheurs ont vu une grande abondance de crabes dans l’est de la zone qui ne s’est pas reflétée dans le relevé post-saison. Aussi, quand les cages atteignent une certaine capacité, le crabe n’entre plus.»
Le porte-parole de l’Office des pêcheurs de crabe des neiges de la zone 16 déplore le fait que son organisation ait partagé toutes ces données avec les scientifiques et que leur avis recommande tout de même de suivre l’indicateur combiné ou de s’en rapprocher afin de statuer sur le quota pour la prochaine saison, alors que ses membres estiment que la capture pourrait être nettement supérieure à ce qu’ils suggèrent.
«Il y a moins d’écoute des pêcheurs de la part des sciences, critique Jean-René Boucher. C’est désolant parce qu’il y a des pêcheurs qui sont sur l’eau depuis des dizaines d’années, alors qu’il y a des scientifiques qui n’ont jamais mis le pied sur un bateau. On est de plus en plus axé sur la théorie. Il y a même un mépris qui s’installe vis-à-vis les pêcheurs; on a peu de considération pour les commentaires faits par les pêcheurs pour l’évaluation de stocks.»
À l’instar de son homologue de la zone 17, le directeur de l’Office des pêcheurs de crabe des neiges de la zone 16 trouve une certaine consolation dans la biomasse disponible. «Les sciences notent des signes encourageants pour les années à venir, contrairement à d’autres zones. Dans la zone 16, le stock se porte bien.»
L’ESTUAIRE ET LE NORD DU GOLFE – page 20 – Volume 38,1 Février-Mars-Avril 2025