Au moment de mettre sous presse le 13 mai, la saison de pêche 2024 bat son plein dans toutes les régions du Québec maritime. Comme à chaque année, le printemps est souvent porteur de bonnes nouvelles, de surprises ou encore de dures réalités. La présente année ne fait pas exception à la règle.
La pêche au crabe des neiges, l’une des deux pêches dominantes, est régulièrement celle qui donne le ton au début des activités de capture et de transformation au sein de notre industrie québécoise. Peu importe la zone de pêche, les crabiers savent qu’ils doivent composer d’une année à l’autre avec des fluctuations à la hausse ou à la baisse de leur ressource en raison de son cycle biologique. Leur rentabilité, au même titre que pour les autres flottilles de pêche, est conditionnelle à l’obtention d’un bon prix au débarquement.
Si la conclusion de 2023 avait laissé sous-entendre que le rétablissement des conditions de mise en marché du côté des États-Unis pourrait être long et sans véritable garantie à court terme, le printemps 2024 aura été plutôt salutaire pour l’ensemble des crabiers, mais aussi pour les transformateurs de ce crustacé. La reprise plus forte que prévue pour la demande du crabe des neiges est un signe très encourageant et permet à plusieurs de respirer un peu plus à l’aise. C’est fou de constater comment les choses peuvent évoluer rapidement au sein de cette industrie puisque lors de la tenue du Boston Seafood Show à la mi-mars, les premières indications du comportement du marché laissaient présager une bien maigre amélioration de la situation par rapport à l’an dernier. Avec des prix au débarquement observés variant de 3,50 $ à 4 $ la livre dans certaines des zones de pêche, il s’agit assurément d’un pas dans la bonne direction pour tous les acteurs impliqués.
Débutée le 27 avril en Gaspésie et le 4 mai aux Îles-de-la-Madeleine, la pêche au homard sera, à nouveau, sous la loupe de plusieurs observateurs au cours des prochaines semaines pour plus d’une raison. Tout d’abord, s’il ne fait aucun doute que la ressource est en excellente santé dans les deux régions concernées, tous ont hâte de voir si les conditions météorologiques seront favorables aux homardiers pour la majorité de leur saison afin de leur permettre de continuer à enregistrer des débarquements impressionnants comme cela a été le cas ces dernières années.
En Gaspésie, après deux semaines de pêche pour la majorité des homardiers, les taux de capture enregistrés étaient considérés comme étant bons ou encore acceptables par les principaux concernés. La présence de vents, de forts courants et une température de l’eau jugée encore trop froide se sont traduits par des résultats en-dessous des attentes de plusieurs pêcheurs bien que la saison soit encore jeune. Les prix de départ obtenus au débarquement ont été de 7,50 $ pour la première semaine et de 8 $ pour la deuxième, et ils seront ensuite réajustés en fonction du prix qu’obtiendront leurs collègues madelinots au terme de leur première semaine de pêche par le biais du mécanisme de leur plan conjoint de mise en marché pour leur homard. Aux Îles-de-la-Madeleine, bien que la météo n’a pas été un facteur défavorable, les échos de la première semaine d’activité faisaient état de résultats acceptables pour les homardiers et le prix au débarquement n’était pas encore connu au moment de la publication de votre journal.
Par ailleurs, l’un des autres faits marquants du printemps actuel est certainement celui des piètres résultats qu’ont obtenus les quelques crevettiers qui avaient décidé de prendre la mer au début avril lors de l’ouverture de la pêche à la crevette. Si personne ne se faisait de véritables illusions quant à un revirement spectaculaire de la situation par rapport à celle vécue en 2023, force est maintenant de constater que bien peu d’espoir pointe à l’horizon pour les prochaines années. À moins d’un plan d’urgence ou de mesures de soutien appropriées de la part des deux paliers de gouvernement pour soutenir les gens des secteurs de la capture et de la transformation, l’avenir et la survie de cette industrie sont loin d’être assurés à court et moyen termes. Des décisions difficiles seront à prendre d’un côté comme de l’autre lors des prochaines semaines et des prochains mois.
En terminant, un autre dossier qu’il faudra suivre de près à partir de maintenant, c’est celui de la pêche au turbot. La ministre fédérale des Pêches Diane Lebouthillier a annoncé le 9 mai dernier un total autorisé des captures (TAC) de 2 000 tonnes pour l’année de gestion 2024 qui débute le 15 mai. Il s’agit d’une baisse de 20 % du TAC par rapport à celui de 2 400 tonnes qui a prévalu l’année dernière et où moins de 8 % des captures autorisées avaient été enregistrées en raison de la disparition soudaine de la ressource dans les eaux du golfe. Dans un avis aux pêcheurs, Pêches et Océans indique que cette pêcherie fera l’objet d’un suivi rigoureux et pourrait être fermée advenant le dépassement des prélèvements projetés recommandés de 823 tonnes selon la règle de contrôle des prises de l’approche de précaution en vigueur.
ENTRE-NOUS – page 5 – Volume 37,2 Avril-Mai 2024